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Sodané
Soirée Synapse
Chapeau : MARCHER - activité ordinaire, simple moyen de transport, récréation, pélerinage, manifestation...
Date : 09/04/2003
Source : Ecole supérieure d'Arts de Rueil Malmaison (
http://www.earueil.com)
01 55 14 47 80 -
synapse@earueil.com
3, rue du Prince Eugène, 92500 Rueil-Malmaison
Accès RER A, Grande Arche de la Défense, puis bus 258 direction Saint Germain-en-Laye. Arrêt le Château
Christine QUOIRAUD chorégraphe
du 12/03/2002 00:00 au 09/04/2002 00:00
Salle : Ecole supérieure d'arts de Rueil-Malmaison
3 rue du prince Eugène
01 55 47 14 80
Ecole
RER A, station Rueil-Malmaison, puis bus 244 (arrêt G. Couturier) et 258 (arrêt Château).
Métro 1 / RER A, La Défence, puis bus 258 direction St Germain en Laye (arrêt Château)
Rueil-Malmaison 92500 France (Ile-de-France)
Texte : MARCHER — pour moi, a été le choix de pratiquer une activité physique croisant avec la danse puis, est devenu, à l’évidence une action artistique en soi. Dans le voyage de l’an 2000, il s’agissait de tester sur moi-même, à travers plusieurs dispositifs, des marches vagabondes, des marches repérages. J’ai pu observer les effets de la marche dans divers milieux, les effets du paysage sur mon corps et sur ma pensée et établir une relation pour un travail en studio. Réflexions sur la question du bagage, du butin. J’en suis revenue avec un questionnement approfondi sur la notion de territoire et de son appropriation, sur le fait d’accumuler des impressions comme nécessité créatrice, et surtout avec l’enrichissement de l’expérience en tant que progression. Je puis affirmer aujourd’hui que marcher est une activité banale et néanmoins idéale pour s’expérimenter, s’exposer et communiquer. En cela je rejoins Hamish Fulton qui parle de "missing action".
MARCHER — en 2000, et tenir un journal de bord. On peut y voir les paysages ( «Si les photos existent, c’est parce que j’y étais».), des bribes de danse (utilisation du miroir), des notes, à la fois cognitives, poétiques et philosophiques.
Pratiquant sur divers terrains (désert, montagnes, îles, mégapoles…), j’ai circulé soit à partir d’une base, soit sur de longues distances. Cela m’a permis d’élaborer un travail corporel praticable, en cours de route(s) ou en studio, ayant à voir avec la structure osseuse du corps, les perceptions, les sensations, les combinaisons du mouvement autour d’un axe. «Faire une marche», notion de physicalité et de géographie.
MARCHER — permet une vacuité de l’esprit bénéfique à toute étape pré-créative. Pour ma part, c’est une façon de me connecter avec la fonction (bipédique) qui réveille en moi une forme de spontanéité. Alors que je marche je sens poindre le désir et la possibilité de danser. Avec discrétion, j’ajoute une infinité de petits gestes, de micro mouvements, ne me lassant pas d’enjamber, de contourner, de compter les rythmes.
MARCHER — comme danser traite d’un rapport particulier à l’espace, différent des rapports habituels à l’environnement. Cela est plus palpable dans une espèce de solitude, loin du bavardage.
MARCHER — est une façon de prendre de la distance. En groupe, prendre de la distance finit par devenir naturel.
Je considère que marcher est un entraînement en soi, un acte total, une pratique à contre courant des rythmes contemporains. C’est un acte solitaire : personne ne vit la même marche, même sur un parcours partagé.
MARCHER — (2000) m’a permis d’échanger et de confronter divers points de vues. En quelque sorte, on écrit son texte en fonction de son histoire, ses connaissances. Le voyage, évidemment, élargit tout cela. Une façon de se dé-placer. Il reste la question du choix des endroits où l’on marche. On est souvent attiré par des lieux spécifiques.
2001, j’ai pratiqué des routes en essayant de ne pas éliminer des lieux qui me rebuteraient. C’est ainsi que j’ai traversé des pays en guerre (et post guerre), des villes (Subotica, Szeged, Marseille) constatant encore, l’impact mutuel Corps / Paysage. Dicter la marche de préférence en dehors des «sentiers battus» pour aller à la découverte de ce qui se vit là.
En 2001, nous avons «marché et dansé» faisant abstraction de toute idée de «production finale « pour ne pas projeter d’étape hors de l’expérience même. Cela s’est passé sous les regards sympathiques des gens qui nous ont croisé et cela a donné lieu à beaucoup de rencontres, nous faisant bénéficier, souvent, d’échanges, d’informations. On peut appeler cela ETUDE SUR LE TERRAIN A VALEUR COMMUNICATIVE.
Où est la danse ?
En cours de route, de façon anonyme ou pas, gratuite et exigeante. On ne gigote pas, ici ou là, sans devoir tenir compte de tous les aspects de ce qui se vit là.
MARCHER — est quoiqu’on en pense, une activité délaissée : elle est pratiquée sous forme de hobby, par le troisième âge, par une minorité de «promeneurs solitaires» ou, dans beaucoup d’endroits du monde, par nécessité. Ne peut-on l’envisager comme un acte à part entière, une résolution entre «être» et «faire». Se situer comme «jardiniers de la terre», rendant compte de l’état du monde.
«Marcher, en une définition ancienne, revient par exemple à fouler des pieds un matériau-argile ou étoffe-, le pétrir en le piétinant.»
Lorsque je me retrouve au studio il est plus facile d’aborder l’ici et maintenant, l’improvisation, tirant profit de l’instantanéité liée au voyage. Entraînée à observer mes habitudes corporelles, en cours de routes, le processus de désactivation génère paradoxalement une nouvelle activation du corps. Se risquer là où aucun sentier n’est encore tracé sur un corps qui, de toute façon, n’est jamais page blanche.
L’observation des corps ordinaires cette année, est pour moi un receil inépuisable de suggestions, pour composer un corps dansant multiple, un corps aux contours en migration. Combien de danseurs ayant passé tant d’années à «se faire» viennent à l’improvisation pour se «dé faire» justement. Le corps qui échapperait aux contraintes (de l’âge, du social..) est un corps utopique.
Pour moi la danse doit être libre d’expression et riche d’investigation. Se multiplier c’est à la fois évoluer vers le registre extérieur et se désintégrer. Passer du monolithe au versatile. Le terme «être ancré», à mon sens, c’est définir des paramètres pour soi-même permettant une évaluation et un cadre.
Formuler, naviguer «hors cadre», prendre la mesure, la cadence, la position, faire l’état des lieux mais aussi défricher, arpenter sont autant de caractères inhérents à mes marches. Traversant le monde, «s’insurger» est un terme d’une évidence incontournable, presque romantique, pour lequel je me demande si cela vaut encore bien la peine.
Je préfère «frayer un chemin», «naviguer à vue», «effleurer la terre», «apparaître et disparaître».
Quant à la destination, je sais par expérience, qu’une route entamée risque à tout instant la déviation. Je préfère tant qu’à faire, rester maître de mes choix, obtempérer pour un mouvement observatoire, décisif, circulatoire. Inspecter l’intérieur et l’extérieur, au cours de la déambulation, c’est savoir négocier un va et vient, éviter la fixité. Je cherche le corps mobile plutôt que le corps expressif. Un corps façonné, mâché par la pensée objective. La marche est un excellent moyen de recherche, pour moi en tant que danseuse et en particulier, les marches «hors cadre», intensives, ritualisées. Elles me procurent espace, temps et mouvement, épreuve à résistance, élan, distance. Là, j’accède à des espaces poétiques, abstraits tant en moi même qu’hors de moi et aussi, à des espaces saturés, des espaces vides.
Inspirer, expirer, rythme binaire, extensible.
Inspiration.
Christine Quoiraud
Période traitée : 2002-04-09
Mots-clés : arts visuels, vidéo, art contemporain, danse
Inséré le : 16/02/2005 16:46